La prise en charge d’un coureur blessé - par Thomas Lorblanchet

Thomas Lorblanchet, Kinésithérapeute et ostéopathe sur la ville de Clermont Ferrand. Ancien athlète de haut niveau, et premier champion du monde de trail en 2009. Une expertise certaine dans l’accompagnement du débutant jusqu’au trailer de haut niveau. Thomas accompagne les sportifs dans le traitement et la prévention des troubles musculo-squelettiques en sport et plus particulièrement en course à pied.

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Bonjour M.Lorblanchet,

VOUS ÊTES CHAMPION DE TRAIL, KINÉ ET OSTHÉOPATHE... QUELLES SONT LES RAISONS QUI VOUS ONT POUSSÉ À DEVENIR KINÉ ET OSTHÉO APRÈS VOTRE CARRIÈRE SPORTIVE ?

Il s’avère que je me suis orienté vers ces domaines pendant ma carrière de sportif. Je pratiquais un sport dit mineur, c'est-à-dire que je ne gagnais pas ma vie avec la course à pied. Il a donc fallu conduire la carrière de sportif de haut niveau et la formation de praticien de santé de façon concomitante afin de pouvoir assurer la fin de ma carrière.

J’ai pratiqué dans un premier temps la kinésithérapie traditionnelle, l'ostéopathie est venue en complément de ma pratique de kinésithérapeute afin d’apporter une expertise supplémentaire.

Puis, plus je courais, plus j’ai développé une appétence particulière pour ce qui gravitait autour de la course à pied : la préparation, la gestion des blessures…

Finalement, au crépuscule de la fin de ma carrière je me suis sur-spécialisé pour suivre les coureurs à pied autour de formations plus pointues.

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QUEL VA ÊTRE LE RÔLE DU KINÉ DANS LA GUÉRISON DE LA BLESSURE ?

Il faut bien comprendre que la blessure chez un coureur à pied est à peu près inéluctable.

Il y a 2 catégories de coureurs :
. Les coureurs blessés . Les coureurs qui ne sont pas encore blessés.

La capacité à pouvoir rebondir après une blessure c’est ce qui va faire la différence entre un bon coureur (car il va pouvoir pratiquer souvent) et un mauvais coureur.

Le bon coureur va s’entourer d’un kiné qui va lui proposer un traitement qui entrera dans une stratégie de réadaptation rapide après une blessure. Le kinésithérapeute va faire en sorte de ne pas tomber dans un traitement trop passif afin de ne pas désadapter la structure, ce qui ne la rendrait plus compatible avec une reprise de la course à pied.

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QUELLES SONT LES PATHOLOGIES AUXQUELLES VOUS ÊTES LE PLUS CONFRONTÉ ?

La majeure partie des prises en charge en course à pied (cela diffère en fonction des âges et de la spécificité de l’épreuve) concernent :

. Le genou : la face antérieure, syndrome fémoro patellaire et la face extérieure, syndrome de bandelette ilio tibiale . Pour l’homme : le tendon d’achille et la liaison du mollet. . Pour la femme : douleur de hanche (tendinotpathie de hanche, tendipathie du bassin dans sa globalité) et le tendon d’achille avec plusieurs distinction en fonction de la localisation tendon.

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LE DOS DU COUREUR EST-IL À RISQUE ?

Pas tant que ça, beaucoup d’études prouvent que le fait de courir protège le dos. Courir au bon dosage favorise l'adaptation de la structure à supporter la contrainte. La course à pied n’est pas plus traumatisante que quelqu’un qui fait du motocross ou du vélo. On va s’apercevoir qu’avec un bon dosage le coureur aura un dos de meilleure qualité que quelqu’un qui ne court pas.

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QUELLES SONT LES CAUSES PRINCIPALES DE LA BLESSURE CHEZ LE COUREUR ?

80% du temps la cause de la blessure résulte du fait que la contrainte mécanique de la course est supérieure à la capacité tissulaire des articulations, des structures symptomatiques.

Par exemple : j’ai une certaine capacité à supporter la contrainte mécanique. Si je m'entraîne trop vite, trop tôt, je vais dépasser cette capacité et je vais me blesser. Le corps va finir par s’adapter si la contrainte mécanique qu’on lui impose par la course à pied n’est pas supérieure à la capacité du corps à s’adapter.

En clair, la cause majeure de blessure est une mauvaise adaptation du corps.

Les particularités anatomiques, la synématique de course, l’alimentation, l’age, le sexe... sont aussi des facteurs qui peuvent jouer sur la blessure, mais leur impact est nettement moindre.

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QUELLES SONT LES ÉTAPES DE LA PRISE EN CHARGE D'UN COUREUR BLESSÉ ?

Il y a très peu de protocoles généraux, la prise en charge va s’adapter en fonction des caractéristiques propres de l’individu.

Combien de fois court-il ? Est ce qu’il s’agit d’une blessure aiguë ? Chronique ? Est-elle en lien avec l'historique et le background du coureur.

Lors d’une blessure, il y a forcément quelque chose qui a été augmenté ou modifié... Il faut trouver la cause et l’origine de la blessure. La meilleure stratégie est de poser tous les facteurs qui sont importants dans l’apparition des symptômes (trop vite? trop fort? trop tôt?).

Il est possible que la blessure résulte aussi d’un traumatisme (entorse, chute…) mais la majorité du temps les blessures résultent d’une surutilisation, d’une rupture de l'homéostasie habituelle et il faut donc trouver la cause.

Pour la prise en charge il va falloir réfléchir à la modification du matériel et à la cinématique du coureur. Ensuite il faudra déterminer un entraînement en modifiant l’entrainement actuel, en proposant des exercices de renforcement qui sont en lien avec une amélioration de la capacité tissulaire de la lésion initiale.

Pour une même pathologie, le traitement ne sera pas le même d’un coureur à l’autre, car il faut prendre en compte la préférence motrice, les habitudes de course, et la cinématique de course.

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QUELS SONT LES EXERCICES DE RENFORCEMENT À PRATIQUER POUR UNE BONNE REPRISE ?

Les exercices vont être différents en fonction de la pratique du coureur. On ne propose pas la même chose à un coureur de trail, qu’à un coureur qui prépare un 5 km sur piste ou qui se prépare une course de longue distance.

Pour un coureur à pied pure : on pourra proposer des exercices de gamme athlétique (montée de genou, talon-fesse) pour dynamiser la foulée et apporter un renforcement fonctionnel.

Pour un coureur en montagne ou de trail longue distance : il sera plus intéressant de pratiquer les fentes, les spot bulgares. En trail l'intérêt est de renforcer sa musculature et éviter une trop grande dégradation musculaire.

Pour plus de spécificité il faudra identifier les points de faiblesses de chacun. On propose alors des points de renforcements en préventif ou en curatif.

Malheureusement, très souvent, les praticiens de santé ne voient les coureurs qu’une fois qu’ils se sont blessés. Pourtant la consultation en amont permettrait de guider le coureur dans le temps et proposer des exercices efficaces en amont de la blessure.

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QUELLES HYGIÈNE DE VIE ADOPTER APRÈS UNE BLESSURE ?

Du point de vue alimentaire, il faudrait manger moins. Il ne faut pas oublier que l’hygiène de vie de façon globale est importante et il existe des éléments prioritaires à l’alimentation : il est important d’avoir une bonne qualité de sommeil et de bien planifier ses entraînements.

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COMMENT ADAPTER SA REPRISE POUR ÉVITER UNE RECHUTE ?

En fonction de la blessure, on va identifier une catégorie de blessure, ce qui va permettre d’adapter le programme de reprise. Il y a 3 grandes catégories de blessures :

. La pathologie de répétition : syndrome de l’essui glace . La pathologie de charge en lien avec l’intensité : tendinopathie d’achille . La pathologie d’amplitude en lien avec une trop grande amplitude de mouvement : lésion des ischio jambiers

De façon générale, le corps réagit très bien à un entraînement par intermittence, c'est-à-dire marcher, courir puis progressivement aller vers la course en continue. En fonction de la pathologie on verra si c’est plus intéressant d’évoluer en augmentant le volume ou l’intensité de l’activité.

Exemple :

Pour la tendinopathie d’achille, on va augmenter progressivement la durée des footings. On augmente la durée un peu à chaque fois. Alors que pour le syndrôme de l’essui glace, on va choisir d’augmenter progressivement le volume de l’activité.

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EN TANT QU'ANCIEN ATHLÈTE DE HAUT NIVEAU, QUELS CONSEILS POURRIEZ-VOUS APPORTER AUX SPORTIFS POUR EVITER LA BLESSURE ?

Mes conseils :

. Aller voir des praticiens qui court . Constituer son réseau avec des gens de confiance . Toujours rester à l’écoute de soi . Faire en sorte que l’activité sportive soit en concordance avec sa vie quotidienne . Rester dans une pratique plaisir

Merci Mr Lorblanchet pour toutes ses informations autour de la prise en charge d'un coureur blessé.

Thomas Lorblanchet.jpeg THOMAS LORBLANCHET Kinésithérapeute - Ostéopathe Lien vers le profil Mon Staff Médical