Le rôle du psychologue dans le retour de blessure - Fatou Diop

Fatou Diop, Psychologue Clinicienne - Psychothérapeute et Consultante en psychologie du sport, exerce sur la commune de Saint Herblain. Ancienne athlète de haut niveau elle accompagne les sportifs en préparation mentale, gestion des blessures et suivi psychologique.

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Bonjour Mme. Diop,

VOUS QUALIFIE-T-ON DE PSYCHOLOGUE OU PRÉPARATRICE MENTALE ? LES DEUX ?

Dans un premier temps, je laisse les gens m'appeler comme ils le souhaitent en fonction de l’image qu’ils se font de la profession : il y a des personnes pour qui il est plus simple de dire psychologue et il y en a qui préfèrent parler de préparateur mental. Ensuite, je leur explique et au fil des séances, ils comprennent que ces deux métiers sont complémentaires mais différents.

Dans les faits, on ne travaille pas sur les mêmes choses d’un statut à l’autre. De manière très simplifiée : Le travail en préparation mentale va s’axer sur l’avenir et la performance en elle - même Le travail en psychologie va revenir à la source, qu’est ce qu’il se passe et comment cela se projette dans le sport (mais aussi en dehors du sport), les origines, l’histoire, comment construire un mieux être global… Cela semble parfois moins concret mais sans ces fondations, le travail de préparation mentale peut s’avérer moins efficace et moins durable.

Dans ma pratique, les deux sont liés, complémentaires et je navigue constamment entre ces deux champs pour permettre à chaque athlète, une meilleure compréhension de soi et du terrain.

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DE QUELLE FAÇON LA PSYCHOLOGIE PEUT-ELLE INFLUENCER LA BLESSURE ?

Généralement, on a tendance à penser que la blessure est uniquement liée à une mauvaise condition physique, à un accident dû à un geste technique que l’on ne maîtrise pas ou à une mauvaise posture... On a tendance à sous-estimer la part psychologique.

Il ne faut pas oublier que nous sommes des êtres pensants, par conséquent nous pensons en permanence, que l’on s’en rende compte ou non... Dès lors, lorsque la blessure survient, il faut travailler sur ces pensées. Pourtant, pendant le travail de retour de blessure, le sportif va se focaliser sur l’aspect physique/technique. Or il est possible que la blessure ait été générée par l’état psychologique de la personne. Par conséquent, il est possible que le sportif retourne sur le terrain sans avoir adressé le cœur de l'événement déclencheur, le côté psychologique.

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POURQUOI L'ASPECT PSYCHOLOGIQUE EST-IL SOUVENT MIS DE CÔTÉ ?

Car cela fait peur ! Nous travaillons sur quelque chose que l’on ne voit pas et cela laisse place à l’imaginaire pour les personnes qui n’ont jamais consulté ou pas consulté la bonne personne. En plus, le terme “psychologue” est souvent associé à la folie alors que ce n’est pas du tout le cas. Les personnes que nous rencontrons sont simplement des personnes qui ont des problématiques qu’ils ne peuvent résoudre seuls, des personnes qui se sentent mal ou débordées, comme cela peut nous arriver à tous. Nous avons le réflexe d’aller voir un médecin en cas de pépins physiques, il est temps de consulter un psychologue pour notre santé mentale.

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Y A-T-IL DES PERSONNES QUI SONT PLUS A RISQUE D'UNE BLESSURE D'ORDRE PSYCHOLOGIQUE ? LES SPORTIFS PRO PAR EXEMPLE ?

Cela va surtout dépendre de chaque personne individuellement, peu importe son niveau. Si psychologiquement le sportif est tracassé, stressé, ailleurs, énervé… , il est clair qu’il est plus à risque de blessures car son esprit ne sera pas sur ce qu’il fait, il perd le focus.

Lorsqu’on est professionnel, on sait que la blessure fait partie du jeu et peut arriver à tout moment. C’est du coup très important de pouvoir s’appuyer sur un bon staff et un bon environnement. Ça permet d’arriver sur le terrain avec plus de sérénité.

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VOUS AVEZ ÉTÉ SPORTIVE PRO, QUELS CONSEILS POURRIEZ-VOUS APPORTER À NOS SPORTIFS AFIN DE MIEUX GÉRER LEUR BLESSURE ?

C’est mon parcours de sportive qui m’a donné envie de m’orienter vers la psychologie car j’ai identifié des manques à ce niveau durant ma carrière. Et malheureusement, ce manque de suivi psychologique des sportifs est toujours d’actualité aujourd’hui.

Pour moi le plus difficile était le changement de club ou la blessure. Et malheureusement c’est compliqué d’en parler. On ne sait pas à qui ni comment faire. En plus, la société renvoie l’image que “demander de l’aide” est une preuve de faiblesse alors que non !

. Mon conseil n°1 Pensez que demander de l’aide, c’est une force ! En général on essaye de se débrouiller avec notre éducation et parfois on ne parvient pas à trouver les solutions seuls, c’est pourquoi s’orienter vers un psychologue est nécessaire et bénéfique.

. Mon conseil n°2 Il ne faut pas attendre d’être dans l’urgence pour agir ! N’attendez pas d’être dos au mur. Il n’y a aucune honte à consulter.

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QUAND DOIT-ON CONSULTER UN PSYCHOLOGUE ?

Au même titre que les soins du corps, pour les soins de l’esprit, il y a plusieurs étapes selon moi :

1/ La prévention : se renseigner à travers des articles, des écrits, des interventions de psychologues, des vidéos ... 2/ La consultation : lorsqu’on ne trouve pas de solution à ses problématiques il faut se tourner vers un psychologue. Dans cette démarche il est important de trouver quelqu’un avec qui on se sent à l’aise, et ne pas s’arrêter à une mauvaise expérience passée. 3/ L’entretien : en cas de soucis ponctuels ou de questionnement, ils peuvent revenir et consulter pour lever les petits blocages et s’assurer que tout est ok.

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COMMENT SE DÉROULENT LES CONSULTATIONS ?

Généralement, la première étape sera la prise de contact afin de voir si on peut travailler ensemble, j’explique ma façon de fonctionner et surtout j’essaye de déconstruire toutes les idées reçues autour de la psychologie, c’est important car cela peut freiner le travail. On va se questionner sur ce que cela représente et discuter des attentes de notre collaboration..

Et ensuite on travaille sur la raison de la consultation. Le champ des thématiques sportives est vaste : entrée en centre de formation, carrière, émotions, reconversion… mais il y a aussi beaucoup d’éléments en dehors du sport qui peuvent impacter les performances. Et cela est propre à chacun.

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DE MANIÈRE GÉNÉRALE, COMBIEN DE TEMPS DURE UNE THÉRAPIE POUR UN SPORTIF BLESSÉ ?

Il n’y a pas de “modèle type”. On peut compter 6 séances pour réellement approfondir le travail, après cela va dépendre de la problématique. Les personnes sont toutes différentes. Mon travail n’est pas de donner des solutions clé en main. Mon travail est d’accompagner l’athlète pour qu’il s’observe (lui et son environnement), qu’il comprenne ce qui lui arrive et enfin qu’il puisse agir et éviter la sur-blessure. Pour moi, simplement donner des outils reviendrait à donner un meuble avec des centaines de pièces sans plan de montage. Je veux que les athlètes puissent se connaître et savoir se qu’il se passe dans leur tête.

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EST-CE QUE LORS DE LA COMPOSITION DE SON STAFF MÉDICAL, IL EST NÉCÉSSAIRE DE S'ENTOURER D'UNE PERSONNE DANS LE DOMAINE DE LA PSYCHOLOGIE OU CELA DÉPEND DE CHACUN ?

Je pense que c’est utile. Il est bien de pouvoir parler à une personne extérieure à l’aspect purement sportif. Cela fait toujours du bien et cela rassure. La place du psychologue n’est plus à prouver, encore plus après cette pandémie. Mais elle doit être acceptée, aussi bien par les sportifs, le staff médical mais surtout par le monde du sport plus globalement.

Merci Mme Diop pour ces informations sur l'importance de la psychologie en sport !

Fatou Diop.png FATOU DIOP Psychologue du sport Lien vers le profil Médecine et Sport